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jeudi 24 janvier 2013

Le cerveau de la femme n’est ni inférieur, ni identique à celui de l’homme. Citoyen du Monde Dr Mohamed KOCHKAR.




Le cerveau de la femme n’est ni inférieur, ni identique à celui de l’homme. Citoyen du Monde Dr Mohamed KOCHKAR.


Le cerveau de la femme n’est ni inférieur, ni identique à celui de l’homme.

Je commence l’article par une enquête que j’ai effectuée, en  2000, sur un échantillon composé de 275 personnes (étudiants et enseignants). Dans  l’un des sujets de cette enquête, je suis arrivé au résultat suivant : 33 % des personnes interrogées affirment que le cerveau de l’homme est plus lourd que celui de la femme.

Les origines de ces conceptions non scientifiques et idéologiques pourraient venir des travaux de Broca et il se pourrait que les biologistes qui n’ont pas étudié l’épistémologie et l’histoire des sciences ne soient pas au courant des corrections de Gould.

En 1861, Paul Broca, éminent neurobiologiste français et chef de file de la craniologie, mesure le poids des cerveaux d’hommes et de femmes. Etant donné que les cerveaux des femmes étaient nettement moins lourds que ceux des hommes, Broca mit en relation cette « infériorité physique » avec ce qui était admis à cette époque : « l’infériorité intellectuelle » des femmes. Cent vingt ans après, Stephen Jay Gould, paléontologiste américain, a re-analysé les mesures originales de Broca et montré que les différences de poids de ces cerveaux étaient d’abord liées à la taille des individus, puis à leur âge, puis à la présence ou absence de méninges, etc. : le paramètre sexe n’intervient pas !

Dans un ouvrage scientifique, « La mal mesure », Gould, 1983, a écrit : « Sur un total de 292 cerveaux masculins, Broca calcula que le poids moyen s’établissait à 1325 grammes et sur 140 cerveaux féminins à 1144 grammes, soit une différence de 181 grammes ou 14 %. Stephen Jay Gould a mis en évidence la fragilité des conclusions de Broca : le poids du cerveau diminue avec l’âge et les femmes de Broca étaient, en moyenne, nettement plus âgées que ses hommes. Le cerveau grossit proportionnellement à la taille et ses hommes avaient en moyenne presque 15 centimètres de plus que ses femmes. La différence moyenne entre le poids du cerveau d’un homme de 1.62 m et un de 1.93 m est égal à 113 grammes dans les données de Broca. Personne ne songe à considérer les hommes grands plus intelligents que les petits. » Et personne ne songe à considérer le cachalot, mammifère marin, plus intelligent que l’homme parce qu’il a un cerveau de 10 kilogrammes.

Par ailleurs, d’autres travaux ont prouvé que, dans l’espèce humaine, il n’existe aucune relation entre le poids du cerveau et l’intelligence ou toute autre performance intellectuelle (Vidal, 2001). Mais plus d’un siècle de croyances craniologiques a marqué des générations d’enseignants et d’élèves, et s’est inscrit dans notre langage quotidien (« grosses têtes, petites têtes », « cerveaux d’oiseaux », etc.). Il n’est pas si facile de s’en sortir, et de faire passer le message que les performances cérébrales résultent des processus d’épigenèse au cours desquels se configurent et reconfigurent nos réseaux neuronaux (un réseau neuronal est un ensemble de neurones du système nerveux, qui ayant des données différentes, peut les combiner pour en déduire un état précis, par exemple, savoir de quelle force est la pression exercée sur la main, sa localisation) en interaction avec les expériences vécues.

Supposons que deux bébés vrais jumeaux abandonnés sont adoptés par deux familles différentes, l’un devient médecin et l’autre ingénieur. Si nous analyserons leurs cerveaux par imagerie médicale, on trouvera des réseaux neuronaux différents malgré leur similitude totale en poids, volume et nombre de neurones. Donc, c’est tout à fait normal qu'elles existent ces différences entre les cerveaux des hommes et ceux des femmes au niveau de la configuration des réseaux neuronaux. On sait maintenant que le cerveau influe sur le comportement et le comportement influe sur le cerveau. Donc les deux sont en interaction. Et on sait aussi que les hommes et les femmes n’ont pas le même comportement et ne vivent pas dans le même environnement.

Les  réseaux neuronaux du cerveau forment le support biologique des différences entre les opinions des hommes et des femmes. La maturation du cerveau dépend des interactions entre l’inné et l’acquis. Un singe n’atteindra jamais l’intelligence d’un homme même s’il vit dans le même environnement car tout simplement il n’a pas hérité un cerveau humain.

Le nombre de réseaux neuronaux n’augmente pas proportionnellement au poids du cerveau. Et d’ailleurs, le petit cerveau d’un oiseau, avec ses réseaux complexes, est capable de réaliser des performances                               formidables comme par exemple sa performance intellectuelle supérieure « chanter ».

En conclusion :
Le cerveau de la femme n’est ni inférieur ni  identique à celui de l’homme. Les opinions non scientifiques sont très résistantes et il semble qu’on ne puisse les changer seulement grâce à l’acquisition des connaissances exactes. Bien que l’information correcte (Le poids du cerveau n’a aucun rapport avec l’intelligence, mais il varie en fonction du poids du corps) existe dans le manuel scolaire officiel du bac page 156, enseignants et élèves persistent à croire que l’homme est plus intelligent que la femme car son cerveau est plus grand.                                                                                  

Je termine toujours mes articles par poser une problématique : Comment peut-on changer ces   opinions sexistes qui favorisent les hommes aux dépens des femmes selon le volume de leur crâne  et le poids de leur cerveau?

ma signature:
« pour l’auteur, il ne s’agit pas de convaincre par des arguments ou des faits, mais, plus modestement, d’inviter a essayer autre chose »
« A un mauvais discours, on répond par un bon discours et non par la violence NI VERBALE NI PHYSIQUE ».

date de la première publication sur le net :
hammam-chatt ; le 27 novembre 2008.

Cerveau femme / cerveau homme. Citoyen du Monde Dr Mohamed Kochkar



Cerveau  femme /  cerveau homme. Citoyen du Monde Dr Mohamed Kochkar


Points de vue de certains auteurs dans ce domaine:
ü La scientifique canadienne Sandra Witelson fut la première, en 1975, à démontrer que le corps calleux était plus développé chez les gauchers que chez les droitiers. Mais le point sans doute le plus important de ces résultats fut l’affirmation d’un effet du sexe : un facteur lié au sexe semble déterminer les liens entre la morphologie de cette partie du cerveau et la latéralisation du comportement gestuel (Habib, 1995). Ce travail a été vivement critiqué dès 1980 : la proportion de droitiers et gauchers n’avait même pas été noté dans les groupes d’hommes et de femmes comparés (Clément et al, 1980).

ü Le  chercheur américain, Simon Le Vay, a observé en 1991 que le volume du noyau INAH3 (Noyau interstitiel de l’hypothalamus antérieur) est similaire chez les hommes homosexuels et chez les femmes, tandis qu’il est deux fois plus gros chez les hommes hétérosexuels (les différences mises en évidence ne dépassent pas le dixième de mm!). La conclusion de Le Vay est « qu’il existerait un substrat biologique à l’orientation sexuelle ».
Cette conclusion est loin d’être acceptée par l’ensemble de la communauté scientifique. A côté des implications idéologiques, la critique principale porte sur la validité des résultats publiés. Une objection majeure est que les hommes homosexuels dont le cerveau a été étudié par Le Vay étaient tous atteints du sida ; nombre des hétérosexuels étaient alcooliques ou toxicomanes. Or l’infection par le VIH comme la consommation de drogues perturbent les systèmes hormonaux, y compris les hormones sexuelles. De plus, le virus du sida et les drogues pénètrent dans le cerveau et y produisent des dysfonctionnements et des lésions. Autre objection, le statut d’hétérosexuel des sujets décédés ainsi qualifiés n’a jamais été vérifié. Malgré les réserves que l’on peut avancer sur la rigueur de l’étude de Le Vay, celle-ci a néanmoins été publié dans la très prestigieuse revue scientifique américaine « Science ». (Vidal, 1996).

ü Un pas de plus a été franchi en 1995 avec la publication dans une grande revue « Nature » d’un article comparant les cerveaux de sujets transsexuels, homosexuels et hétérosexuels. Les auteurs de ce travail appartiennent au groupe des chercheurs hollandais qui avaient montré dix ans plus tôt que le noyau INAH1 (Noyau interstitiel de l’hypothalamus antérieur) est plus gros chez l’homme que chez la femme, résultat qui n’a jamais pu être reproduit par d’autres équipes. Dans leur nouvel article, les chercheurs décrivent un autre noyau le BST (noyau basal de la strie terminale), situé à proximité de l'hypothalamus, et dont la taille chez les hommes transsexuels et les femmes est réduite comparativement aux hommes homosexuels et hétérosexuels. Les auteurs concluent à une origine biologique possible de la transsexualité : elle serait due à une féminisation du cerveau par les hormones sexuelles au cours du développement. Or les hommes transsexuels étudiés avaient reçu des hormones femelles pendant des années, traitement agissant sur le cerveau et susceptible de modifier, entre autres, le volume du noyau BST (noyau basal de la strie terminale). De plus, comme dans les études précédentes, la fonction de ce noyau n’est pas connue chez l’humain. (Vidal, l996).

ü Schaywitz et al. ont publié un article en 1995 dans la revue « Nature » montrant à l’aide de la technique très performante d’imagerie par résonance magnétique du cerveau (IRM fonctionnelle) que pour détecter les rimes entre les mots, les dix-neuf sujets masculins de l’étude ont utilisé l’hémisphère cérébral gauche alors que onze des dix-neuf femmes testées utilisaient les deux hémisphères. Cet article a été fort critiqué par Vidal (La Recherche, 1996) et par Clément (1997, 2001). Vidal : « Un fossé sépare les performances dans un test de langage ponctuel et les processus hautement complexes qui sous-tendent l’élaboration de la pensée. Ce fossé est, comme souvent, allègrement franchi quand il s’agit de vulgariser un résultat scientifique à forte portée médiatique. Journalistes et chercheurs se retrouvent parfois complices dans ce type de démarche. ». Clément : « …La même recherche contenait donc deux fois plus de résultats où le fonctionnement des cerveaux d’hommes et de femmes ne diffèrent pas (pour les tâches qualifiées par les chercheurs de « orthographiques » et « sémantiques ») que l’inverse (une différence pour la tâche qualifiée de « phonologique »). Comment les chercheurs ont-ils présenté et titré leurs résultats ? [] Ce titre choisi par les chercheurs, est à lui seul éloquent : il ne parle que de la différence ! (« Sex differences in the functional organization of the brain for language ») [] Leur texte indique bien que c’est ça ce que les chercheurs voulaient montrer, une différence entre hommes et femmes ; ils insistent sur ce résultat. Tandis que les non-différences qu’ils montrent aussi ne les intéressent guère : ils ne les commentent pratiquement pas [] Citoyens, citoyennes, mêmes cerveaux ? Dans l’espèce humaine, toute différence cérébrale peut être aussi bien la conséquence que la cause de comportements différents, la trace que le destin d’histoires singulières. Pourquoi dès lors autant s’exciter (en recherche et en diffusion des sciences) sur les différences cérébrales éventuelles entre hommes et femmes, sinon à vouloir les transformer en justifications d’inégalités (sexisme classique), ou, version plus moderne outre-Atlantique en justifications de traitements sociaux « politiquement corrects » ? Ces dimensions idéologiques font vendre (les projets de recherche comme les journaux de vulgarisation scientifique) : « l’éthique de la recherche et de la diffusion des sciences, ce n’est pas (seulement) la soif de connaissances ; c’est (aussi) la soif d’argent».

ü Habib (1999) rejoint Clément et Vidal dans leurs critiques « Une étude récente utilisant la technique de l’écoute dichotomique nous a permis de démontrer que la différence de latéralisation entre hommes et femmes ne concerne en fait que certains aspects du langage, en l’occurrence les aspects dits « prosodiques », ceux permettant d’affecter à la parole une tonalité émotionnelle. Ainsi il est probable que les différences de concentration sanguine en hormones sexuelles à différents stades du développement de l’individu soient capables d’orienter la répartition entre les deux hémisphères des fonctions du cerveau, expliquant peut être ainsi certaines qualités traditionnellement qualifiées de masculines ou féminines. Toutefois, il faut se garder d’en déduire une quelconque supériorité liée à une caractéristique du cerveau».


Conclusion :
Cet exemple homme/femme est une bonne illustration des interactions entre connaissances (K) et valeurs (V) chez les chercheurs (et aussi KVP par les pratiques éditoriales de Nature et autres revues scientifiques) selon le modèle KVP de Clément (1998, 2004). En publiant des connaissances scientifiques critiquables, ils véhiculent et justifient des valeurs d’inégalités (sexisme, inégalité sociale, etc.).

Signature :
« Pour l’auteur, il ne s’agit pas de convaincre par des arguments ou des faits, mais plus modestement d’inviter à essayer autre chose ».
« A un mauvais discours, on répond par un bon discours et non par la violence verbale ou physique ».

Date : 27/04/11.



mardi 22 janvier 2013

Les différences entre hommes et femmes. Citoyen du Monde Dr Mohamed Kochkar



Les différences entre hommes et femmes. Citoyen du Monde Dr Mohamed Kochkar

Points de vue de certains auteurs sur les différences entre hommes et femmes:

Neubauer (2003) :
« Il existe deux vérités absolues. La première est que les hommes sont plus intelligents que les femmes. Et la seconde ? Que la terre est plate. Cette pique amusera peut-être, dans la mesure où elle lutte contre une idée reçue. Car, en matière de quotient intellectuel reflétant des performances cognitives, la plupart des études ne révèlent aucune différence entre les hommes et les femmes. Afin d’éviter les discriminations, les tests d’intelligence sont construits de façon à éviter tout artefact lié au sexe. »

Gould (1983) :
« La plupart des biologistes s’accorderaient à penser, avec moi, que les divers attitudes et styles de pensée que l’on trouve dans les groupes humains sont habituellement des effets  de l’évolution culturelle et non génétique.»

Purves et al. (1999) :
« On n’a pu, pour l’instant, complètement  démontrer ni les dimorphismes sexuels du cerveau humain ni leur signification fonctionnelle. »

Clément (2004) : « Les neurobiologistes savent aujourd’hui que le cerveau humain naît immature, et qu’il se configure progressivement par épigenèse cérébrale au cours de laquelle des réseaux neuronaux se stabilisent progressivement en fonction de l’expérience individuelle (voir par exemple Changeux 1983, 2002 ; Edelman 1987 ; Fottorino 1998). […] une éventuelle différence de latéralisation entre cerveaux d’hommes et de femmes ne prouve pas que ce serait une donnée biologique de naissance. Elle peut tout aussi bien être la conséquence de comportements différenciés. »
Nous résumons son point de vue dans les phrases suivantes :
Le cerveau modifie le langage, les comportements et les pensées.
Le langage, les comportements et les pensées modifient à leur tour la configuration des réseaux neuronaux dans le cerveau. Ce qui pourrait impliquer une différence de ces réseaux entre les hommes et les femmes, mais si telle différence existerait, elle serait acquise et non génétique et héréditaire.

Question de recherche dans ma thèse:
Existe-t-il      1   OUI   ou       1    NON des différences entre les cerveaux des hommes et des femmes ?
Précisez la nature de ces différences (ou non-différences) et indiquez leurs origines, leurs causes.

La réponse affirmative « oui » à la question, sur les différences de cerveaux entre hommes et femmes,  peut venir de deux côtés opposés :
§ Le « oui » des sexistes et des héréditaristes signifie que l’homme est plus intelligent que la femme car il a un cerveau plus volumineux et plus lourd.
§ Le « oui » des scientifiques signifie que les différences fonctionnelles se forment entre les cerveaux des individus (entre hommes et femmes ou entre hommes et hommes ou entre femmes et femmes) au cours de la formation des réseaux neuronaux (les gènes hérités codent pour le nombre et la différenciation des cellules nerveuses et codent pour la production des neurotransmetteurs et des neurohormones) et de leur épigenèse (configuration des réseaux neuronaux en fonction de l’expérience individuelle et sociale acquise). 

La réponse - « non » à la question - des féministes et des égalitaristes signifie que l’homme et la femme sont égaux en droit donc identiques en cerveau. Cependant la différence biologique n’implique pas automatiquement l’inégalité sociale, nous pouvons être génétiquement différents mais égaux en droit.

Ma signature
Mes trois maximes préférées :
-         « Au moment d’écrire un article, je me demande s’il se trouve à ma connaissance, un seul homme honnête qui puisse être froissé par ce que je vais écrire »
-         « Pour l’auteur, il ne s’agit pas de convaincre par des arguments ou des faits, mais, plus modestement, d’inviter à essayer autre chose »
-         « à un mauvais discours, on répond par un bon discours et non par la violence »

Date de la première publication sur le net
 Hammam-Chatt, le 2/04/11.